La FCPE Paris exige l’éducation au cœur des programmes politiques
Le samedi 17 janvier 2026, au lycée professionnel Chennevière Malézieux (Paris 12e), la FCPE Paris a réuni près d’une centaine de représentants de parents d’élèves pour un temps fort de démocratie éducative. Animés par Djéhanne Gani, rédactrice en chef du Café pédagogique,
ces Grands Entretiens se sont tenus dans un lycée professionnel, un choix hautement symbolique rappelant que l’École publique, dans toutes ses voies, doit être pleinement reconnue et soutenue.
Par cette initiative, la première fédération de parents d’élèves de la capitale a affirmé un choix politique clair : placer l’éducation au centre de la campagne municipale et confronter les candidats
à leurs responsabilités face aux attentes des familles.
Un temps démocratique porté par les parents d’élèves
À Paris, l’École publique ne peut être ni un angle mort du débat municipal ni une variable d’ajustement budgétaire. C’est avec cette conviction que la FCPE Paris a organisé les Grands Entretiens, un format exigeant, structuré et profondément démocratique. Pendant toute une après-midi, Pierre-Yves Bournazel, Emmanuel Grégoire, Sophia Chikirou et Rachida Dati ont été interrogés par les
parents d’élèves sur les grands enjeux éducatifs : mixité sociale, sécurité, périscolaire, inclusion, financement ou encore logement. Pour ouvrir les échanges, Djéhanne Gani a invité les candidats à partager un souvenir personnel d’École. Une entrée en matière qui a permis de rappeler que
les politiques éducatives ne sont pas abstraites, mais s’enracinent dans des parcours, des expériences et des valeurs.
L’École, entre trajectoires personnelles et engagement politique
Les témoignages ont révélé des rapports contrastés mais éclairants à l’École publique.
« L’École publique a été mon escalier social », a rappelé Pierre-Yves Bournazel, rendant hommage à son instituteur corrézien et soulignant le rôle fondamental de l’École dans l’émancipation
individuelle. Emmanuel Grégoire a insisté sur l’École comme lieu du collectif et de l’amitié, revendiquant une École comme ciment du pacte républicain. Sophia Chikirou a évoqué une École « humaine, bienveillante et protectrice », racontant comment sa maîtresse de CP avait accompagné sa mère à la maternité : « C’est cette École-là que nous devons reconquérir. » Rachida Dati, en référence à son parcours personnel, a insisté sur la lutte contre le déterminisme social : « Quand une famille a un genou à terre, c’est ma responsabilité de maire de l’accompagner. »
Ségrégation scolaire et montée du privé: une inquiétude majeure des parents d’élèves
Très vite, les échanges ont quitté le registre symbolique pour aborder un sujet central et profondément préoccupant pour les représentants de parents d’élèves: la montée continue de l’enseignement privé sous contrat et la ségrégation scolaire qu’elle accentue à Paris. Dans une ville où près de 40 % des lycéens sont aujourd’hui scolarisés hors du public, cette situation interroge directement le principe d’égalité républicaine et fragilise l’École publique, notamment dans les quartiers populaires.
Les représentants de la FCPE Paris ont rappelé leur engagement constant pour que l’École publique demeure le premier choix des familles, et pour que les financements publics soient prioritairement consacrés au service public d’éducation, seul garant de la mixité sociale, de la laïcité et de l’égalité des chances.Face à ce constat, les positions des candidats ont révélé des lignes de fracture.
« Il est grand temps qu’on reparte à la reconquête. On arrête de subir, on arrête de souffrir », a affirmé Sophia Chikirou, refusant toute posture défensive face au privé.
Emmanuel Grégoire a défendu le modèle parisien existant: « Paris est un démonstrateur mondial que l’ascenseur républicain fonctionne », tout en se refusant à nourrir une « guerre scolaire ».
Rachida Dati a alerté sur les conséquences territoriales et sociales de cette dynamique: « Si on continue comme ça, on va vider Paris de ses forces vives », liant la fuite des familles vers le privé ou la périphérie à une perte d’attractivité de l’École publique.
Pour la FCPE Paris, cette séquence a rappelé une ligne rouge claire: la montée du privé ne peut être compensée par un désengagement du public. Les politiques municipales doivent assumer un choix fort en faveur de l’École publique, de ses moyens, de ses personnels et de sa capacité à accueillir tous les élèves, sans tri ni renoncement.
Périscolaire, inclusion et protection de l’enfance: l’alerte des familles
Le périscolaire et l’École inclusive ont cristallisé de fortes inquiétudes parmi les représentants de parents d’élèves. Derrière l’organisation des temps de l’enfant, les familles ont rappelé un enjeu central: la sécurité et la protection des enfants, dans un contexte marqué par des situations de violences, de mal-être et par un manque criant de personnels formés. Tous les candidats ont reconnu une crise profonde du recrutement et de la formation. « On ne forme pas des précaires », a martelé Sophia Chikirou. Emmanuel Grégoire a affirmé que la qualité du périscolaire constitue un « axe stratégique non négociable », notamment face aux violences et au harcèlement. Rachida Dati a exigé des personnels « mieux formés, mieux respectés, mais aussi mieux surveillés », liant encadrement et confiance des familles. Sur l’inclusion et le handicap, la parole des parents a été particulièrement forte. La salle a interpellé les candidats sur la détresse des familles face aux délais de la MDPH, au manque d’AESH et à l’épuisement administratif. Pierre-Yves Bournazel a proposé la création d’un guichet unique municipal pour accompagner les parents. Sophia Chikirou a dénoncé la précarité structurelle des accompagnants. Rachida Dati a rappelé que « c’est une question de dignité ». Pour la FCPE Paris, ces échanges confirment une exigence claire: garantir des temps périscolaires sûrs, éducatifs et inclusifs, et faire de la protection de l’enfance et de l’accompagnement des plus fragiles une priorité politique.
Budget et cantines: des choix politiques déterminants
Fidèles à l’ADN de la FCPE Paris, les parents d’élèves ont ramené le débat sur les moyens concrets. Pierre-Yves Bournazel a plaidé pour un plan pluriannuel d’investissement. Sophia Chikirou a affirmé vouloir faire de l’éducation la « priorité budgétaire n° 1 ». Rachida Dati a proposé de sanctuariser les budgets scolaires. La restauration scolaire a cristallisé des divergences nettes. Gratuité totale pour Sophia Chikirou, plafonnement du tarif à 3,50 € pour Rachida Dati, accent sur la qualité, le bio et l’éducation au goût pour Emmanuel Grégoire et Pierre-Yves Bournazel. Les représentants FCPE ont rappelé que la cantine est un enjeu de santé publique, de justice sociale et de dignité, pleinement intégré au service public d’éducation.
Faire de l’École un choix politique assumé
Tous les candidats ont reconnu que l’avenir de Paris se joue d’abord dans ses Écoles. La FCPE Paris a rappelé l’essentiel: ne pas laisser la baisse démographique devenir un prétexte à l’abandon, refuser la ségrégation scolaire et maintenir une ambition forte pour l’École publique. Par ces Grands Entretiens, la FCPE Paris a pleinement assumé son rôle: porter la voix des familles, imposer l’éducation comme enjeu central des municipales et rappeler que l’École publique est un choix de société.