CDEN Moyen Collèges : C’est jouable ?
Lors du Conseil départemental de l’Éducation nationale (CDEN) du 29 juin 2026 consacré aux moyens Collèges pour la rentrée 2026, la FCPE Paris a présenté ses propos liminaires, consacrés aux principaux enjeux de cette fin d’année scolaire et de la rentrée à venir. De la gestion de la canicule à l’adaptation de nos établissements au changement climatique, des conditions d’affectation des élèves à la place des familles dans le dialogue avec l’institution, nos propos liminaires portent une même conviction : l’intérêt supérieur de l’enfant doit demeurer le principe qui guide chacune des décisions de notre système éducatif.
À cette occasion, la FCPE Paris a également présenté un vœu demandant le retrait du projet de décret permettant de changer un élève d’établissement en raison du comportement de ses parents, estimant qu’il remet en cause les principes de la coéducation et fait peser sur les enfants les conséquences de comportements qui ne leur sont pas imputables.
Retrouvez ci-dessous l’intégralité de notre déclaration.
Propos liminaires de la FCPE Paris
CDEN du 29 juin 2026
« C’est jouable. »
En trois mots, le ministre de l’Éducation nationale a justifié le maintien des épreuves du diplôme national du brevet alors qu’une grande partie de la France suffoquait sous une chaleur exceptionnelle.
Trois mots.
Trois mots qui interrogent profondément la place que nous accordons aujourd’hui à la santé, à la sécurité et au bien-être des enfants.
Est-il vraiment « jouable » de demander à des milliers de collégiens de passer un examen national après plusieurs jours durant lesquels beaucoup n’ont tout simplement pas pu réviser dans des conditions normales, faute de logements ou d’établissements adaptés à ces températures extrêmes ? Est-il jouable de considérer que quelques bouteilles d’eau, quelques ventilateurs ou quelques consignes de prudence suffisent à garantir leur santé, leur sécurité et leurs capacités de concentration pendant plusieurs heures d’épreuve ? Est-il jouable que les conditions matérielles d’un examen national varient autant d’un territoire à l’autre, d’un établissement à l’autre, voire d’une salle à l’autre, alors que tous les candidats composent pour le même diplôme ?
Pour nous, la réponse est claire : non, ce n’était pas jouable.
Parce qu’il ne s’agissait pas seulement d’organiser un examen. Il s’agissait de protéger des enfants. Et lorsqu’il est question d’enfants, le doute devrait toujours profiter à leur sécurité.
C’est précisément pour cette raison que la FCPE Paris a saisi le juge des référés afin de demander le report des épreuves du brevet. Nous savions que les chances d’obtenir une décision avant le début des épreuves étaient faibles, mais il nous paraissait impossible de rester silencieux.
Notre démarche dépassait largement la seule question du brevet. Elle posait une interrogation beaucoup plus fondamentale : sommes-nous enfin prêts à adapter nos établissements scolaires aux réalités climatiques du XXIᵉ siècle ?
Car la canicule n’est plus un accident. Elle est devenue une réalité prévisible. Ce qui est incroyable aujourd’hui, ce n’est plus qu’il fasse 40 degrés à la fin du mois de juin ; c’est notre incapacité collective à nous y préparer.
Une fois encore, nous avons assisté à une gestion dans l’urgence. Les établissements ont improvisé, les personnels se sont adaptés, les familles ont trouvé des solutions comme elles le pouvaient et les élèves ont supporté les conséquences d’un retard collectif dans l’adaptation de notre système éducatif au changement climatique.
Les collèges, dont la Ville de Paris a la responsabilité, comme les lycées relevant de la Région Île-de-France, demeurent massivement inadaptés à ces épisodes climatiques. Pourtant, les solutions sont connues depuis longtemps : accélérer les rénovations thermiques, installer des protections solaires extérieures, améliorer l’isolation, permettre une ventilation réellement efficace, organiser lorsque cela est nécessaire une aération nocturne des bâtiments, prévoir dans chaque établissement un espace rafraîchi pour accueillir les élèves les plus fragiles et identifier, en amont, des locaux adaptés pour organiser les examens lorsque les établissements scolaires ne permettent plus de garantir des conditions acceptables.
Nous ne voulons plus entendre, l’été prochain, que personne n’avait prévu qu’il ferait chaud à la fin du mois de juin. Nous demandons désormais que la Ville de Paris, la Région Île-de-France et l’État présentent un calendrier précis des travaux qui seront engagés afin que l’adaptation du bâti scolaire cesse d’être une promesse et devienne enfin une réalité.
Mais cette absence d’anticipation ne concerne malheureusement pas seulement la canicule. Elle semble progressivement devenir un mode de gouvernance de l’éducation nationale.
Aujourd’hui encore, des établissements découvrent, à quelques jours de la fin de l’année, qu’une classe pourrait finalement fermer. D’autres apprennent la suppression de postes après le vote de leur dotation horaire globale, au gré des mutations ou des départs non remplacés. Des familles découvrent des réaffectations administratives, plus de 14O nous dit-on, ou des affectations qui ne correspondent ni aux spécialités demandées ni aux projets construits depuis plusieurs années. Les chefs d’établissement eux-mêmes sont parfois informés au dernier moment, sans véritable concertation.
Nous avons parfois le sentiment que les élèves sont devenus des flux et les familles des dossiers. Pourtant, derrière chaque ligne de ces tableaux, il y a un enfant, une famille, un projet.
La baisse démographique aurait dû constituer une formidable opportunité pour améliorer les conditions d’enseignement. Elle semble aujourd’hui devenir le prétexte d’une gestion exclusivement comptable des moyens, où l’on ferme des classes, où l’on supprime des postes et où l’on fragilise les équipes éducatives, alors même que nous aurions enfin l’occasion d’offrir aux élèves de meilleures conditions d’apprentissage.
Mais au-delà des décisions prises, c’est plus largement la conception même du dialogue avec les représentants des familles qui nous préoccupe.
Nous avons trop souvent entendu, ces dernières années, que la réception de délégations de parents d’élèves par le rectorat constituerait une exception parisienne, une pratique simplement tolérée, voire une anomalie qui ne relèverait pas de la logique de fonctionnement de l’institution.
Le dialogue avec les familles ne peut être réussi que s’il repose sur le respect mutuel, l’écoute et la transparence. La confiance ne se décrète pas ; elle se construit. Elle suppose que les décisions soient expliquées, que les données soient partagées et que les désaccords puissent être exprimés sans être perçus comme une remise en cause de l’institution.
Or cette transparence continue de faire défaut sur de nombreux sujets. Les évolutions des dotations horaires, les fermetures de classes, les suppressions de postes ou encore les moyens attribués à l’enseignement privé restent trop souvent difficiles à vérifier et à comprendre. Les familles comme leurs représentants ont parfois le sentiment d’être placés devant le fait accompli, alors que la concertation devrait précéder les décisions et non les suivre.
Pourtant, la coéducation ne peut pas être un simple slogan que l’on invoque lors des rentrées scolaires ou dans les projets d’établissement. Elle suppose un véritable partenariat entre l’institution, et les familles, fondé sur la confiance, le respect et l’écoute réciproque.
C’est pourquoi la FCPE Paris est aussi particulièrement inquiète du projet de décret qui permettrait de changer d’établissement un élève lorsque le comportement de l’un de ses parents est considéré comme compromettant gravement le fonctionnement de l’établissement.
Bien entendu, nul ne conteste que certains comportements de parents, comme de tous adultes agissant au sein des établissements, puissent être inacceptables et qu’ils doivent pouvoir être traités avec fermeté. Les établissements doivent pouvoir fonctionner sereinement.
Mais est-ce ainsi que nous concevons la coéducation ? En désignant le parent comme le problème ?
La majorité des tensions que nous rencontrons sur le terrain ne naissent pas de parents qui chercheraient à déstabiliser l’institution. Elles trouvent bien souvent leur origine dans un défaut de dialogue, dans un manque d’information ou dans le sentiment, largement partagé, que la parole des parents, et parfois même celle des élèves, n’est pas entendue.
Après des années de mobilisation sur les violences en milieu scolaire, nous continuons de constater qu’un parent confronté à une situation grave ne sait pas toujours vers qui se tourner lorsqu’il estime ne pas avoir été entendu dans son établissement. Combien de familles ignorent encore les voies de recours existantes au sein de l’académie ? Combien d’élèves, de parents, mais aussi d’enseignants connaissent réellement les protocoles de signalement des violences ?
Plus inquiétant encore, il nous arrive d’être sollicités par des enseignants eux-mêmes qui nous demandent d’intervenir ou de relayer certaines situations, parce qu’ils craignent que leurs propres alertes ne soient pas suffisamment prises en compte ou redoutent les conséquences qu’elles pourraient avoir sur leur carrière.
Cette situation devrait tous nous interroger.
La priorité ne devrait-elle pas être de rendre les procédures de signalement lisibles, accessibles et connues de tous ? De garantir à chaque parent, à chaque élève et à chaque personnel qu’il saura à qui s’adresser et qu’il sera effectivement écouté ?
Au lieu de répondre à cette exigence de transparence, ce projet de décret fait peser sur les enfants les conséquences des comportements de leurs parents. Il instaure une responsabilité par filiation qui nous paraît contraire aux principes fondamentaux de notre droit et à l’intérêt supérieur de l’enfant.
Nous nous inquiétons également du caractère particulièrement flou de la notion de « comportement compromettant gravement le fonctionnement normal de l’établissement ». Dans certains établissements, nous constatons malheureusement que le simple fait, pour des représentants de parents d’élèves, de signaler des dysfonctionnements, de demander des explications ou de défendre les droits des familles est parfois perçu comme une remise en cause de l’institution.
Pour la FCPE, les représentants de parents ne sont pas le problème ; ils sont souvent la solution. Par leur rôle d’écoute, de médiation et de dialogue, ils permettent chaque jour de prévenir les tensions et d’éviter que des désaccords ne se transforment en conflits.
À l’heure où de plus en plus de familles se tournent vers les tribunaux administratifs pour faire valoir leurs droits, il est plus que jamais nécessaire de renforcer les espaces de dialogue. Écouter les fédérations de parents, c’est souvent permettre de résoudre les difficultés en amont, avant qu’elles ne deviennent des contentieux.
Fragiliser leur engagement ou laisser penser qu’il pourrait être perçu comme une menace pour le fonctionnement d’un établissement serait un très mauvais signal adressé à l’ensemble de la communauté éducative.
Une démocratie scolaire vivante ne se construit pas en faisant taire les parents. Elle se construit en renforçant le dialogue, en améliorant la transparence, en rendant les procédures plus lisibles et en faisant enfin de la coéducation une réalité quotidienne plutôt qu’un principe affiché.
Enfin, nous nous interrogeons également sur le décret supprimant la présence d’un représentant des parents d’élèves au sein des commissions d’appel.
Comment justifier une telle décision alors que chacun affirme vouloir renforcer la coéducation et la place des familles dans le parcours scolaire des élèves ? Nous avons le sentiment que le message envoyé est contradictoire : d’un côté, on affirme vouloir associer davantage les parents ; de l’autre, on réduit leur représentation dans une instance où sont examinées des décisions déterminantes pour l’avenir des élèves.
La FCPE regrette cette évolution, à laquelle l’ensemble des organisations représentées au Conseil supérieur de l’éducation se sont, semble-t-il, opposées.
À Paris, où la FCPE est la première fédération de parents d’élèves et où ses représentants siègent de manière continue, et souvent seule, dans ces commissions, nous demandons que ce siège continue d’être confié à la représentation des parents et qu’il revienne à la FCPE Paris, afin que la voix des familles demeure pleinement entendue.
Mesdames et Messieurs,
Ce CDEN se réunit au terme d’une semaine qui restera probablement comme un révélateur.
Révélateur de bâtiments qui ne sont plus adaptés au climat d’aujourd’hui.
Révélateur d’une organisation qui peine à anticiper plutôt qu’à gérer l’urgence.
Révélateur d’un système qui, trop souvent, privilégie les contraintes de gestion aux besoins des élèves, les équilibres budgétaires à l’ambition éducative et les procédures au dialogue avec les familles.
La FCPE Paris refuse cette vision.
Nous continuerons à défendre une école qui protège les enfants avant de protéger son organisation, une école qui anticipe plutôt qu’elle n’improvise, une école qui fait confiance à ses personnels, qui associe pleinement les parents et qui place enfin l’intérêt supérieur de l’enfant au cœur de chacune de ses décisions.
Parce qu’au fond, il n’existe qu’une seule question qui devrait guider chacune de nos politiques éducatives :
Est-ce réellement bon pour les enfants ?
Si la réponse est non, alors il est de notre responsabilité collective d’avoir le courage de changer nos décisions et nos pratiques.
VOEU de la FCPE Paris
Voté a l’unanimité des membres du CDEN
Vœu de la FCPE Paris relatif au projet de décret prévoyant le changement d’école d’un élève en raison du comportement de ses représentants légaux
Considérant que le ministère de l’Éducation nationale a présenté un projet de décret permettant, dans certaines situations de perturbation grave imputables aux représentants légaux, de prononcer la radiation d’un élève de son école afin de l’affecter dans un autre établissement ;
Considérant que le droit à l’éducation est garanti à chaque enfant et que l’intérêt supérieur de l’enfant doit guider toute décision le concernant ;
Considérant que la coéducation entre les familles et l’École constitue un principe fondamental du service public d’éducation et qu’elle suppose un dialogue exigeant mais respectueux entre tous les acteurs de la communauté éducative ;
Le Conseil départemental de l’Éducation nationale, sur proposition de la FCPE Paris, exprime son opposition à toute disposition conduisant à faire supporter à un enfant les conséquences du comportement de ses représentants légaux. Il réaffirme que l’intérêt supérieur de l’enfant doit demeurer le principe directeur de toute politique éducative et rappelle que la coéducation, fondée sur un dialogue de confiance entre les familles et l’École, constitue un principe fondamental du service public de l’éducation et un droit pour les parents comme pour les élèves.