Violences sexuelles : un questionnaire à l’école, mais quels moyens pour protéger les enfants ?
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé qu’à partir de novembre, des questions sur les violences sexistes et sexuelles seront intégrées au questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire. Près de 10 millions d’élèves, de la grande section de maternelle à la terminale, devraient être concernés.
La FCPE Paris sera toujours favorable à toute initiative permettant de mieux détecter les violences subies par les enfants. Mais une politique de protection de l’enfance ne peut se résumer à un questionnaire.
Que se passera-t-il lorsqu’un enfant révélera une violence ?
RECCUEILLIR UN SIGNALEMENT NE PEUT ÊTRE DISSOCIé DE LA PRISE EN CHARGE DE LA VICTIME Le ministre a lui-même indiqué s’attendre à des résultats potentiellement « sismiques ». L’ampleur des violences sexuelles faites aux enfants est malheureusement déjà largement documentée et particulièrement à Paris.
La mise en place d’un questionnaire auprès de millions d’élèves doit nécessairement s’accompagner de moyens permettant de traiter les situations qui seront révélées : personnels formés, services médico-sociaux en capacité d’intervenir, protocoles de signalement clairs, accompagnement psychologique et protection effective des enfants.
Si une réponse n’est pas immédiatement apportée à l’enfant qui signale des faits de violences, il sera encore plus fragilisé et le sentiment d’impunité des auteurs en sera renforcé.
C’est pourquoi, nous ne voulons pas que cette annonce se réduise à une grande enquête nationale permettant de mieux mesurer les violences sans donner aux professionnels les moyens supplémentaires de les prévenir, de les détecter, de les prévenir et d’agir.
Le questionnaire sera-t’il adapté à tous les enfants ?
La FCPE Paris s’interroge également sur les modalités concrètes du dispositif.
Comment un enfant de cinq ans pourra-t-il comprendre les questions qui lui seront posées et identifier comme violences des situations qu’il ne sait parfois ni nommer ni qualifier ? Comment le dispositif prendra-t-il en compte les enfants en situation de handicap, ceux présentant des troubles du langage ou de la communication, ou ayant des besoins particuliers ?
Le ministère annonce que les questions seront adaptées à l’âge des élèves. C’est indispensable, mais cela ne répond pas entièrement au problème : la détection des violences ne peut reposer sur la seule capacité de l’enfant à identifier ce qu’il subit puis à l’exprimer dans un questionnaire.
Cette vigilance est particulièrement importante pour les plus jeunes et les enfants les plus vulnérables.
Les enfants ont toujours parlé. Il faut apprendre à les entendre
Pour la commission Agir contre les violences de la FCPE Paris, il faut aussi sortir de l’idée selon laquelle la priorité serait de « libérer la parole » des enfants.
Comme le rappelle Florence Gatineau-Saillant, coordinatirice de la commission : « Les enfants ont toujours parlé. Si ce n’est par les mots, c’est avec leur corps. Ce n’est pas leur parole qu’il faut libérer, c’est notre capacité collective à l’entendre. »
Un changement brutal de comportement, un repli sur soi, des peurs inexpliquées, des difficultés scolaires, des manifestations physiques ou un comportement inhabituel peuvent constituer autant de signaux auxquels les adultes doivent être attentifs.
La responsabilité de la détection ne doit donc pas être intégralement transférée aux enfants. C’est d’abord aux adultes qui les entourent de savoir observer, questionner, écouter et agir.
Cela suppose de former réellement les professionnels en contact avec les enfants au repérage des signes de violences, au recueil de leur parole et aux procédures à suivre lorsqu’une situation inquiétante est détectée.
La FCPE Paris défend des entretiens individuels réguliers
Sur ce point, la FCPE Paris rappelle son attachement aux recommandations formulées par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE).
La CIIVISE a notamment défendu le principe d’un repérage systématique reposant sur un échange individuel avec un adulte formé, et recommandé un entretien individuel annuel pour chaque élève.
Cette approche nous semble particulièrement importante : créer régulièrement un espace où l’enfant peut parler à un adulte disponible, formé et en capacité d’agir s’il détecte une situation préoccupante.
C’est également une demande portée par la FCPE Paris dans sa motion adoptée en 2025 pour une école qui protège les enfants contre les violences sexuelles : formation systématique des personnels, entretien individuel annuel, référent protection de l’enfance clairement identifié et renforcement des équipes médico-sociales. (Pour une école qui protège les enfants contre les violences sexuelles – fcpe Paris)
Le questionnaire annoncé peut venir compléter ces dispositifs. Il ne doit pas les remplacer.
Détecter, mais surtout protéger
Depuis la création de sa commission Agir contre les violences, la FCPE Paris accompagne des familles confrontées à des situations de violences scolaires et périscolaires. Elle a également formulé 50 propositions pour améliorer la prévention, la détection, le signalement et la prise en charge des violences.
Cette expérience nous conduit à défendre une approche globale.
Il faut donner aux enfants des espaces pour s’exprimer. Il faut former les adultes à repérer les signaux. Il faut faciliter les signalements. Il faut multiplier les outils de prévention à travers l’organisation des locaux et des équipes, le déploiement d’EVARS.
Il faut garantir qu’une fois une violence révélée ou suspectée, une chaîne de protection se mette réellement et rapidement en mouvement.
C’est sur les moyens consacrés à cette chaîne de protection que nous attendons désormais des engagements précis du ministère.
Un questionnaire peut être utile pour commencer -enfin- à objectiver ces violences, mais la priorité reste de garantir que chaque enfant qui révèle une violence soit immédiatement protégé et accompagné.
Pour aller plus loin
→ Commission « Agir contre les violences » de la FCPE Paris
Retrouvez les actions de la commission, nos propositions, nos ressources et nos publications.
→ Fiches réflexes de la FCPE Paris
Des outils pratiques pour aider les parents à réagir et à identifier les interlocuteurs lorsqu’un enfant est victime de violences.
→ Formulaire de signalement de la FCPE Paris
Les familles peuvent signaler à la FCPE Paris des violences subies par des élèves dans le cadre scolaire ou périscolaire, y compris pour des faits survenus les années précédentes.
→ Guide de la Ville de Paris sur les violences sexuelles faites aux enfants
Un guide destiné aux parents pour reconnaître certains signes, savoir comment réagir lorsqu’un enfant se confie et connaître les dispositifs de protection et d’accompagnement disponibles à Paris.