Vers la fin de la réforme du collège ?
Dans un courrier adressé la semaine passée aux chefs d’établissement, le nouveau ministre de l’Education nationale, explique les nouveautés de la rentrée concernant la réforme du collège. Intitulé « Rentrée 2017 : une nouvelle étape pour le collège » les nouvelles mesures sont en fait un véritable retour en arrière. L’assouplissement du cadre de la réforme ne visant au final qu’à donner plus de liberté aux établissements pour faciliter la mise en place de dispositifs sélectifs.
Une mise en route apaisée
Mise en place à marche forcée dans beaucoup d’établissements, la réforme du collège, inaugurée lors de cette dernière rentrée, s’est au final bien déroulée. Même si d’un établissement à l’autre, toutes les mesures n’ont pas été organisées de la même manière, si dans certains collèges les équipes pédagogiques ont fait front commun… force est de constater que cette réforme a peu fait débat cette année. Très peu de demandes ou de réactions d’ailleurs au niveau de la FCPE Paris, le questionnaire lancé au mois de mai n’ayant recueilli qu’une très faible participation (5 réponses seulement à ce jour).
Dès lors, pourquoi remettre ce sujet à l’ordre du jour ? Qu’y avait-il de si urgent à reprendre dans cette réforme pour que les annonces aient lieu dès la nomination du nouveau ministre, avant les élections législatives ? Sans aucun doute le besoin de rassurer celles et ceux, enseignants et parents confondus, qui avaient vu dans cette réforme une menace à leurs intérêts particuliers.
Quels changements a la rentrée ?
Si les volumes horaires ne changent pas (26h par semaine sur les 4 niveaux du collège), en revanche le retour des enseignements complémentaires et facultatifs remet complètement en cause l’esprit de la réforme.
Réapparition des classes bilangues dès la 6e, à raison de 3h par semaine : nombre d’études montrent pourtant que ces enseignements vont d’abord aux élèves qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires qui, dans le même temps, sont généralement ceux issus des milieux les plus favorisés. Cela revient donc à prélever de la dotation horaire globale (DHG) plus d’heures pour celles et ceux qui réussissent le mieux
Renforcement de l’enseignement du latin et du grec : on revient là encore à la situation d’avant la réforme du collège avec un enseignement d’1 heure par semaine en 5e et de 3h par semaine en 4e et 3e. Même remarque que précédemment, ces disciplines qui sont souvent choisies par les meilleurs élèves sont autant d’heures en moins pour l’ensemble des élèves
Abandon du nombre obligatoire par niveau et des thématiques imposées pour les Enseignements Pratiques Interdiscplinaires (EPI) : si l’interdisciplinarité n’est pas remise en cause en tant que telle, l’abandon du cadre global (rappelons que les thématiques qui étaient inscrites dans la réforme du collège étaient suffisamment larges pour permettre toutes les innovations possibles) revient à dire que ce type de pédagogie ne peut reposer que sur la bonne volonté de quelques-uns. Selon les établissements, il sera donc possible que certains élèves ne bénéficient de ce type d’enseignement qu’au compte-goutte puisque la décision revient à chaque établissement.
Mise en concurrence de l’accompagnement personnalisé (AP) et des Enseignements Pratiques Interdiscplinaires (EPI) : même si les objectifs de ces deux modalités pédagogiques sont radicalement différentes – soutien et amélioration des compétences pour la première et réalisation concrète individuelle ou collective pour la seconde – les nouveaux textes prévoient que chaque établissement puisse choisir l’une ou l’autre forme (ou les deux). Derrière cette liberté, le risque que les élèves les plus en difficultés soient systématiquement exclus des EPI, l’interdisciplinarité étant souvent associée au travail par projet (voyages, sorties…) et perçue comme une récompense pour les élèves les plus méritants.
Tout comme la remise au goût du jour d’autres mesures pour lesquelles la FCPE s’est battue concernant les rythmes scolaires ou la fin du redoublement, la remise en cause de certains dispositifs phares de la réforme du collège constitue un véritable danger pour le pacte républicain. Dans une tribune du Monde de 13 juin 2017 Jean-Paul Delahaye, auteur du rapport de l’Education nationale « Grande pauvreté et réussite éducative » rappelle que la France de l’échec scolaire « est dans son immense majorité issue des catégories défavorisées », notre système n’ayant « jamais été organisé pour faire réussir tous les élèves ». Au-delà de tout clivage politique le collège de demain pensé par le nouveau ministre de l’Education nationale poursuivra inévitablement ses dégâts humains en laissant une grande partie des jeunes, parmi les plus fragiles, au bord du chemin. Pour nous parents de la FCPE, l’enjeu de nos combats de la rentrée est là !
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