Hommages du lycée/collège Voltaire à Samuel Paty et Dominique Bernard
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| Samuel Paty (1973-2020), professeur d’histoire géographie. Assassiné dans l’exercice de ses fonctions le 16 octobre 2020, devant le collège dans lequel il enseignait à Conflans Saint Honorine. | Dominique Bernard (1966-2023), professeur de lettres. Assassiné dans l’exercice de ses fonctions le 13 octobre 2023, dans le lycée dans lequel il enseignait à Arras. |
Lundi 16 octobre à 14H00, cour d’honneur du lycée Voltaire, plusieurs hommages ont été rendus à Samuel Paty et Dominique Bernard. L’événement a également été relayé par les anciens élèves du lycées Voltaire sur leur site.
- Discours de la Proviseure
- Lecture d’un texte de Voltaire, extrait du traité sur la Tolérance
- Minute de silence
- Canon de la paix, texte de Romain Rolland et musique de François Terral
Chers élèves, chers parents, chers collègues
Aujourd’hui, comme tous les ans depuis 3 ans, nous sommes debout ensemble. C’est un acte symbolique fort pour rendre hommage à Samuel Paty, enseignant assassiné le 16 octobre 2020 à Conflans Saint Honorine par un terroriste. Il est devenu malgré lui, un symbole pour notre République et pour notre Ecole, le symbole de la tolérance, de l’engagement et de la liberté d’expression.
Aujourd’hui malheureusement, nous nous retrouvons dans la cour d’honneur non seulement pour rendre hommage à Samuel Paty mais aussi à Dominique Bernard.
Comme vous le savez, un autre assassinat s’est déroulé à Arras vendredi dernier. Dominique Bernard était aussi enseignant et c’est pour cela qu’il a été tué.
Vous devez comprendre que ce n’est pas un hasard si les victimes du terrorisme sont des enseignants. Ils incarnent les valeurs et les principes qu’ils cherchent à détruire :
Tuer un enseignant c’est un pas vers l’obscurantisme.
Tuer un enseignant c’est laisser notre jeunesse orpheline de sens, de valeurs.
Tuer un enseignant c’est atteindre notre Nation en plein cœur.
Encore une fois l’Ecole est attaquée car vous êtes le futur de la Nation et le but du terrorisme c’est justement d’immiscer la peur, la terreur et d’endoctriner la jeunesse
Chers élèves.
Ne cédez jamais à la séduction de la violence.
Apprenez de vos enseignants la raison, la connaissance, la culture. Faites leur confiance.
Nous devons plus que jamais raisonner et non pas réagir par émotion.
Notre modèle de laïcité dérange car il s’emploie à ne pas imposer une croyance afin que tous puissent vivre ensemble, que tous soient respectés. Ce qui nous rassemble doit être supérieur à ce qui nous sépare.
Nous devons lutter contre toute forme d’obscurantisme.
Notre communauté doit, bien plus encore qu’hier se réunir autour de valeurs communes telles la liberté, l’égalité, la laïcité, le respect et la tolérance.
Plus que jamais la paix doit être au centre de nos préoccupations alors qu’elle est menacée aux portes de l’Europe comme au Proche Orient, et que notre Nation est attaquée.
Des lumières existent pourtant, et j’en veux pour preuve le prix Nobel de la paix reçu il y a peu par Narges Mohammedi, femme militante et résistante face aux talibans qui dédie sa vie à lutter contre toutes les formes d’oppression et notamment celui des femmes en Iran. Elle lutte pour la promotion des droits humains et la liberté pour tous.
Nous sommes le lycée Voltaire, Voltaire homme des Lumières qui dans son temps, a dénoncé les fanatismes religieux, la restriction des libertés et plus généralement tout ce qui porte atteinte à la dignité humaine. Nous allons vous lire un extrait du Traité sur la Tolérance écrit en 1763 qui est malheureusement encore d’actualité. Ce texte semble s’adresser à Dieu mais ne vous y trompez pas, il s’adresse aux hommes. Il appelle à la paix, à la fraternité.
Après cette lecture nous procéderons à une minute de silence en souvenir de Dominique Bernard et Samuel Paty, assassinés pour ce qu’ils étaient, pour ce qu’ils représentaient.
A l’issue de cette minute de silence, nous écouterons le canon de la paix. Vous pourrez ensuite remonter dans vos classes accompagnées par vos enseignants mais dans le calme et le respect dû à cet instant.
Puis vous ferez cours et vous apprendrez car c’est la meilleure réponse à ceux qui veulent nous faire peur et nous faire taire.
L’Ecole de la République doit rester debout comme nous le sommes tous ensemble aujourd’hui.
Patricia Jourdy
Proviseure
Voltaire publie anonymement un Traité sur la tolérance (Genève, 1763). Il y attaque toutes les formes de fanatisme et termine par une prière à Dieu, qui s’adresse en réalité aux hommes, les appelant à la tolérance et à la fraternité :
“Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir. Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.”
Le canon de la paix :
Texte de Romain Rolland (1866-1944) et musique de François Terral (professeur de musique à Voltaire) :
“Ecoutez le temps viendra
Les hommes un jour sauront la vérité
Le lion s’étendra près de l’agneau
Et nous fondrons les piques pour des faux
Et les sabres pour des herses
La paix sera notre combat : Faites que ce temps vienne !”

