Rentrée 2024: La saignée continue à Paris
Les 15 et 22 mars, s’est tenu le Conseil Départemental de l’Éducation Nationale (CDEN) consacré à la carte scolaire à Paris pour la rentrée 2024. Dans un contexte de nouvelles baisses drastiques de moyens annoncées par le Ministère, -125 postes dans le premier degré, ce CDEN s’annonçait particulièrement tendu.
Devant l’ampleur des suppressions de postes d’enseignants prévues pour la rentrée prochaine, l’examen minutieux de ces mesures s’est étendu sur presque vingt heures de discussions, une situation inédite pour notre académie, qui a nécessité de prolonger les délibérations sur deux jours complets, et au regret de tous les participants, sans recteur ou rectrice d’Académie.
Vendredi 15 Mars – Le Marathon démarre !
Alors qu’au dehors les délégations des écoles menacées sont reçues, sans grand espoir, par du personnel administratif de l’académie souvent peu au fait des situations, au dedans les participants fourbissent leurs armes.
La matinée est consacrée aux propos liminaires des organisations syndicales et associations de parents et l’ensemble de ces propos donne déjà le ton: Le rejet est unanime quant aux mesures annoncées.
Dans ses propos liminaires, la FCPE Paris a dénoncé cette politique comptable et a rappelé que l’école ce n’est pas une affaire de chiffres. L’école c’est «une affaire d’enfance et d’émancipation par l’accès aux savoirs».
Propos liminaires de la FCPE Paris au CDEN du 15 Mars
Rappelant également que le privé est le grand absent de ces discussions, la FCPE a déposé un vœu, voté à l’unanimité, demandant une publication des chiffres du privé, affirmant ainsi que la seule école publique ne peut porter à elle seule la baisse démographique parisienne.
Après ces propos préliminaires, l’après-midi débute avec l’étude des cas particuliers des écoles.
Par arrondissement, la DASEN 1er degré (Directrice Académique des Services de l’Education Nationale) revient sur les écoles déjà évoquées en CSA (Comité Social d’Administration) avec les organisations syndicales. D’autres cas sont évoqués par les élus ou par les représentants de la FCPE.
Il faudra 2h30 d’échanges pour traiter les fermetures contestées des 20ème et 19ème arrondissements tant les situations évoquées sont préoccupantes !
1h30 de plus pour finir vers 18h l’étude des écoles du 18ème. A 18h, cela fait 4 heures ininterrompues que les débats sont intenses sur les chiffres, jamais les mêmes entre le rectorat et les remontées du terrain et prévisions des directions, sur les spécificités des écoles évoquées, celles en REP ou REP+, celles ayant déjà subit des fermetures les années passées, celles avec des IPS inférieurs à 100, celles avec des enfants sans domicile ou vivant dans le foyer voisin, celles dont le secteur attend des livraisons de logement, et pour beaucoup, celles avec des élèves en ULIS ou UPE2A, dont la prise en compte dans les effectifs n’est pas claire …
Les réponses sont surtout des chiffres, toujours les chiffres : des E/C (nombre d’élèves/nombre de classe) qui restent tout à fait confortables pour le rectorat mais qui ne reflètent pas la réalité vécue au sein des établissements relevés par parents et enseignants. Derrière ces statistiques se cachent des classes surchargées, des besoins éducatifs spéciaux non pris en compte et des situations de terrain ignorées.
En somme, une dissonance flagrante entre les tableaux Excel du rectorat et la réalité palpable des salles de classe , écart souligné par l’usage par le rectorat d’un « taux apparent de passage » révisant systématiquement à la baisse les effectifs prévus. Cette pratique est également accompagnée d’une remise en question de la fiabilité des prévisions fournies par les directeurs d’école, basée sur l’historique des écarts observés, érodant ainsi la confiance dans leurs estimations.
Les discussions intenses se sont poursuivies sans interruption jusqu’à 22 heures, couvrant les dossiers des écoles situées du 17ème au 11ème arrondissement. À ce stade, les délibérations concernant les établissements de Paris Centre et des 5ème au 10ème arrondissements, ainsi que d’autres mesures restantes, n’avaient pas encore été abordées. Face à l’ampleur de la tâche, la décision a été prise de programmer une nouvelle session le vendredi 22 mars pour poursuivre le travail.
À l’issue de cette journée, l’atmosphère parmi les membres du CDEN était empreinte de découragement. La quantité de fermetures de classes proposées était telle que les débats ne pouvaient se conclure en une seule journée, révélant le sentiment d’impuissance et la frustration des participants face à tant de situations jugées inacceptables.
Vendredi 22 Mars – La saignée confirmée !
Le « combat » reprend avec les mêmes échanges nourris entre le rectorat, les syndicats, les élus et la FCPE Paris. Grace à toutes les remontées de terrain de nos conseils locaux, nous avons pu intervenir sur les écoles dont nous avions eu les fiches alertes, pointer également des situations surprenantes, avec des chiffres incohérents.
Durant ces deux jours, les membres du CDEN auront donc étudié avec la plus grande attention chaque situation de chacune des écoles parisiennes concernées par les mesures de carte scolaire. Au-delà des chiffres des effectifs, dont nous avons pu constater dans nombreux cas les divergences entre ceux des directions d’écoles et l’administration, il nous est apparu essentiel de porter une approche plus nuancée et contextuelle, prenant en compte la singularité de chaque établissement.
Nous l’aurons martelé à plusieurs reprises, les chiffres ne disent pas toujours la réalité d’une situation locale. Les conditions d’enseignements, l’accueil en nombre d’élèves en difficulté, les dispositifs d’inclusion ULIS ou UPE2A, le contexte social d’un quartier, les problématiques d’absences et de non-remplacements, ou parfois même, la vétusté des établissements, sont autant de facteurs qui décrivent aussi la réalité des conditions d’enseignement au sein des communautés éducatives. Ces éléments cruciaux que nous avons portés lors de ce CDEN, si souvent absents des rapports purement statistiques, auront permis de mettre en évidence la complexité et la singularité des besoins de chaque école.
Enfermée dans les contraintes budgétaires imposées par le ministère à Paris, l’Académie sera revenue à la marge sur quelques fermetures avouant ne disposer d’aucune marge de manœuvres supplémentaires.
Les 5 fermetures annulées sont :
- EE 16 rue de la Victoire dans le 9ème,
- EM 157 rue de Tolbiac et EE A 40 rue Jenner dans le 13ème
- EP 54 rue Boissière dans le 16ème
- EP 10 rue Noguères dans le 19ème.
2 nouvelles fermetures :
Suite à la décision de la mairie du 11ème de ne plus fermer l’EM Faidherbe; deux nouvelles classes seront fermées par le rectorat à la rentrée pour compenser:
- EM Cité Voltaire
- EM Cité Souzy
28 écoles sont annoncées « mises sous surveillance » par le rectorat.
EP Louvois/Vivienne (Paris Centre), EE 4 fils (Paris Centre), EM 29 Mouffetard (5ème), EP Milton (9ème), EM Grange Battelière (9ème), EM Ecluses St Martin (10ème), EE St Bernard (11ème), EE St Sébastien (11ème), EE Marsoulan (12ème), EM D’Artagnan (12ème), EE Damesme (13ème), EP Balanchine (13ème), EP L Bourgeois (13ème), EM 13 Ouest (14ème), EM 190 Alesia (14ème), EE Fondary (15ème), EM St Luc (18ème), EP Genevoix (18ème), EM Tchaikowski (18ème), EM Amiraux (18ème), EE 4 Goubet (19ème), EE B 30 Manin (19me), EE 7 Brunet (19ème), EM Cambrai (19ème), EM Mouraud (20ème), EP 4 Foncin (20ème), EE 9 Tlemcen (20ème).
Tous les syndicats et élus présents ont uni leurs voix à celle de la FCPE Paris pour contester sans délai cette liste, jugée insuffisante au regard des situations relevées. De notre côté, nous avons recensé un nombre significatif d’autres écoles qui ont suscité de vifs débats durant ces deux journées chargées. Ces établissements resteront au cœur de nos préoccupations et de notre action pour les discussions à venir en juin.
Madame la directrice répond que les 631 écoles de Paris restent « sous surveillance » et pourront être revues en juin si cela est rendu nécessaire par des inscriptions en hausse.
Le vote, simplement consultatif malheureusement, est unanimement CONTRE ces propositions.
La mobilisation doit s’amplifier :
Avec les syndicats enseignants et les élus, nous exprimons notre profonde préoccupation quant aux ajustements nécessaires en juin, face à une situation où les options semblent déjà épuisées. Malgré notre appel unanime pour l’octroi de postes supplémentaires d’ici juin, le rectorat de Paris ne semble pas enclin à demander ces moyens supplémentaires à la Ministre de l’éducation.
La conclusion tirée après 18 heures de discussions intenses au CDEN sur deux jours est claire et souligne l’impératif de poursuivre nos actions de mobilisations.
Nous nous engageons dès maintenant à maintenir la pression et à intensifier nos actions pour contrer les réductions de moyens envisagées à la rentrée prochaine. Ce combat pour la défense de l’école publique est l’affaire de tous, et nous appelons à une mobilisation large et déterminée.
Notre pétition en ligne , disponible pour signature, constitue un premier pas vers ce renforcement de notre action collective. Signez, Partagez, informez !
Ensemble, nous avons la ferme intention de faire reculer le gouvernement sur cette baisse des moyens, en témoignant de notre unité et de notre détermination à défendre une éducation de qualité pour tous.
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