Déclaration préalable et motion de la FCPE Paris au CDEN
Les représentants élus de la FCPE Paris étaient présents au CDEN (conseil départemental de l’éducation nationale) du 30 janvier 2024, consacré à la sectorisation et aux moyens alloués aux collèges parisiens.
Voici la déclaration préalable lue en séance et une motion présentée par la FCPE Paris demandant la décontractualisation des écoles privées ne respectant pas la loi Debré.
Déclaration préalable
À peine nommée la ministre de l’Éducation nationale s’est saisie du sujet central des moyens confisqués à l’école publique et de l’épineux dossier de la réussite pour tous les élèves… Nous aurions aimé ouvrir nos propos liminaires ainsi.
Bien au contraire les propos tenus par la Ministre ont été, pour nous, représentants des parents d’élèves de l’école publique, perçus comme une véritable déclaration de guerre.
Alors que certains ont tenté d’attribuer ces paroles à une maladresse de la part d’une ministre nouvellement arrivée et peu aufait des dossiers, et que d’autres ont cherché à les minimiser en les considérant comme un choix personnel et familial, nous sommes conscients que la réalité est bien différente.
Nous respectons bien sur les choix personnels et familiaux, mais ici il n’est nullement question de choix personnels, ni de foi, qui relèvent de l’intimité de chaque famille, même celle d’une ministre… mais d’un triste constat : le mensonge et l’improvisation font politique !
Au-delà des personnes, ce que révèlent d’abord ces propos, qui ne peuvent être ignorés ou minimisés, ce qu’ils mettenten lumière de manière alarmante, c’est une certaine volonté politique de remettre en question les fondements mêmes de notre système éducatif.
En multipliant les mesures qui sapent les bases de l’école de la République, en dénigrant délibérément des établissements etleurs enseignants, en vantant les mérites d’un secteur privé principalement sélectif, ces déclarations soulèvent la colère desenseignants et notre préoccupation légitime de parent quant à l’avenir de l’école.
Ces mots de la Ministre sont le reflet d’un projet politique assumé qui fragilise l’école publique. Ces mots appellent à une réaction ferme et déterminée, en tant que représentants des parents d’élèves de l’école publique bien sûr, mais égalementde nous tous ici présents, dans cette instance, comme dans toutes les autres où nous œuvrons chaque jour pour la défense des familles et de leur école, l’école publique.
Nous devons nous mobiliser. Nous allons nous mobiliser, aux côté des personnels de l’éducation, pour défendre avecvigueur les valeurs de laïcité, de mixité, d’égalité, d’inclusion et de qualité de l’éducation publique, qui sont le socle de notre société et de notre projet républicain.
Depuis de nombreuses années déjà, partout en France, la FCPE dénonce le développement incontrôlé de l’enseignement privé.
Et si la proportion d’élèves scolarisés dans le privé reste assez constante, autour de 20 % à l’échelle nationale, tel que le prévoyait la loi Debré, dans certains territoires on peut légitimement se poser la question d’un calcul à l’échellemunicipale, départementale, de l’académie. C’est le cas dans l’ouest, où l’école publique est dans certains endroits envoie de disparition… mais aussi à Paris !
À Paris, académie la plus ségréguée de France, l’enseignement privé joue un rôle central dans la ségrégation scolaire.
On annonce 50% d’élèves scolarisés dans le privé en 2030 ? Et plus personne ne semble s’en étonner ! Plus personne nesemble se soucier des conséquences désastreuses que cela ne manquera pas d’avoir sur la possibilité de déployer une politique de l’éducation ambitieuse, inclusive et émancipatrice pour tous les élèves. Ces chiffres à eux seulslégitiment de remettre en discussion la question du financement de l’école privée qui depuis de nombreuses années déchire le contrat social qui fait de l’éducation notre bien commun, accessible à tous, indépendamment de son origine sociale, de ses moyens financiers ou de ses habiletés.
Revenons sur la La loi Debré. Elle s’inscrivait en 1959 dans un projet de reconstruction. Mais aujourd’hui c’est notre république qu’on détricote.
En 70 ans, la question du choix de l’école privée a bien changé et n’est plus, ou de manière marginale, fondée sur laquestion de conscience – c’est-à-dire la religion : on y privilégie de plus en plus le « niveau » et l’entre-soi.
Aujourd’hui, les écoles privées loin de l’essence de cette loi, n’en respectent ni la lettre, ni le contrat au terme duquel elles se doivent de se conformer aux engagements de mixité sociale et scolaire, au respect des programmes définis par le ministère de l’Éducation nationale et à l’absence de toute discrimination dans l’accueil des élèves.
Aujourd’hui ces écoles font ce qu’elles veulent, avec qui elles veulent, et aux frais de la République. Et lesconséquences sont déjà bien à l’œuvre à Paris : dualisme scolaire intolérable, inégalités exacerbées, fracture éducative, entre-soi dévastateur… En complète contradiction avec les mots de Michel Debré qui déclarait « qu’il était impensable, pour l’avenir de la nation, que l’État participe à l’élaboration d’un édifice éducatif concurrent de l’édifice public de l’Éducation nationale. »
Près de 70 ans après, nous en sommes pourtant bien là !
Ce constat est d’autant plus alarmant au filtre des réformes et des politiques publiques récentes : baisse continue desmoyens humains comme financiers ; dévalorisation du statut social des enseignants, vision comptable qui conduit à toujours plus de suppressions de postes ou de fermetures de classes.
Des politiques qui n’ont pas d’autre issue que le funeste projet de sédition scolaire : une école à deux vitesses, où seuls les plus favorisés, les plus riches, ceux qui ont déjà tous les avantages,pourraient accéder à une éducation « soi-disant » de qualité.
Mais la qualité est bien du côté de l’école publique ! Qui trouve dans l’engagement de ses enseignants et personnels éducatifs comme dans la confiance des parents qui font le choix de leur confier l’éducation de leurs enfants, sa force et sa légitimité pour la construction d’une société juste et équitable.
Dans ce contexte, les annonces de fermetures de classes et de suppressions de postes annoncées à Paris pour la rentrée 2024 résonnent comme une véritable capitulation.
Comment pouvons-nous accepter de discuter ensemble de projets de fermetures de classes à Paris quand dans le même temps l’opacité la plus complète règne sur les dotations offertes aux établissements privés ?
Comment vérifier en toute transparence la bonne affectation des moyens et des postes — pourtant prérogative du Rectorat — quand celle du privé se décide dans le secret des cabinets ministériels ou de celui du secrétaire général del’enseignement catholique ? Il s’agit d’un nouveau renoncement au principe d’égalité. Et ce d’autant que ne s’imposent pasles mêmes exigences à l’école privée à Paris, qu’envers les établissements publics.
Comment, face aux défis sociologiques et démographiques à Paris, accepter qu’encore une fois l’école publique porte àelle seule, la responsabilité de les relever ?
Nous le redisons ici : conscients de la baisse démographique, nous sommes convaincus que cette situation peut être transformée en une véritable opportunité de diminution des effectifs par classe dans tous les établissements parisiens, et qui ne nécessiterait pas de ressources supplémentaires.
Une mesure simple qui nous permettrait non seulement de nous rapprocher des meilleures normes européennes, mais aussi d’améliorer l’inclusion des élèves, garantissant ainsi une éducation de qualité pour tous, conforme à nos principesfondamentaux. Une solution de bons sens pour quiconque se soucierait un tant soit peu de l’avenir de l’école publique. Mais le bon sens n’est parfois pas la chose la mieux partagée.
Au lieu d’investir massivement dans l’avenir de notre jeunesse, l’exact contraire se déroule sous nos yeux. Nous nepouvons nous y résigner. Quelle politique ambitieuse pour l’école, quelles réformes sérieuses pourraient être conduites dans un tel climat de renoncement ?
Devons-nous rappeler la vérité des chiffres ?
En France ce sont 15 millions d’heures de cours non remplacées chaque année, n’en déplaise aux partisans du Pacte.Plus de 10 000 postes supprimés depuis 2017. 1000 écoles fermées. 3 000 postes vacants aux concours de recrutements des enseignants.
À Paris, des centaines de classes fermées, des écoles et des collèges menacés, des lycées fermés, et partout un déficit enpersonnels, médecins scolaires, infirmières, psyEN, assistants d’éducation, AESH…
Au-delà de cette litanie comptable, ce qu’il faut bien comprendre ce sont les impacts concrets et dévastateurs de ceschiffres et leurs conséquences dans les établissements parisiens.
Quand elle prononce ces mots, la Ministre imagine-t-elle ce que ce symbole délétère d’une école publique à la dérive peut représenter quand, dans le même temps, aucune classe ne ferme dans le privé ?
Citons, nous aussi, PISA : à milieu social égal les élèves réussissent mieux dans le public que dans le privé.
L’école publique est le socle de notre société plurielle. Il faut dire et redire : la mixité sociale et scolaire dans les établissements est un apriori indispensable pour la France et son rayonnement.
Nous ne pouvons accepter qu’il y ait toujours plus d’élèves en difficulté, en manque de soutien, laissés sur le bas-côtéfaute de moyens nécessaires pour des accompagnements individualisés.
Et la fausse bonne idée des groupes de niveaux n’y changera rien, mais déstabilisera au contraire un peu plus les équipes pédagogiques.
Sans compter l’inévitable accueil d’un croisement inapproprié avec des groupes de pauvres, ethniques, allophones,d’enfants en situation de handicap, que sais-je… Nous vous savons en vigilance sur ces sujets, mais il serait naïf de ne pas oser se poser la question.
Ces groupes de niveaux seront pour ces élèves fragiles une situation de désavantage supplémentaire, compromettant leur estime d’eux-mêmes à l’âge où ils la construisent justement, et leur bien-être.
Ce sera l’abandon, faute de moyens suffisants, des dispositifs particuliers tels que les demi-groupes, les projetspédagogiques adaptés, les enseignements d’options, et autres formes d’encadrements personnalisés déjà mis en œuvre dans les établissements.
Cette situation n’est pas une fatalité et nous pouvons collectivement refuser la pénurie organisée à laquelle il nous est demandé de nous résigner.
Face au malaise enseignant que nous comprenons et partageons, vous l’aurez déjà compris, nous appelons tous les parents àsoutenir massivement la grève du 1er février.
Dans les prochains jours, lors des conseils d’administration dans les collèges et lycées, nous exhorterons tous nos représentants à rejeter les dotations globales en votant contre les DHG et à déposer des motions de protestation.
Notre attachement à l’école publique est profond et inébranlable. Nous croyons en une éducation accessible à tous,en une école publique forte et inclusive, et nous sommes déterminés à nous battre pour préserver ces valeurs fondamentales qui sont au cœur du projet républicain.
Il est urgent que la République soutienne son école ! Nous appelons tous ceux et toutes celles, élèves, parents,enseignants, élus, citoyens, à se réunir dans un grand rassemblement pour défendre l’école publique.
MOTION PROPOSÉE par la FCPE PARIS
Nous, parents d’élèves de l’école publique saisissons le CDEN réuni ce 30 janvier 2024, proposons une motion, portant la demande de décontractualisation des établissements privés ne respectant ni l’essence de la loi Debré, ni le contrat au terme duquel elles se doivent de se conformer aux engagements de mixité sociale et scolaire, au respect des programmes définis par le ministère de l’Éducation nationale et à l’absence de toute discrimination dans l’accueil des élèves. Au premier rang desquels le groupe scolaire Stanislas, suite à la publication du rapport d’enquête administrative le visant, remis au futur premier ministre le 1er août 2023 et rendu public récemment.
Ce vœu a été adopté à l’unanimité.