Encore une décision irresponsable
Les lycéens de Rabelais victimes du manque d’anticipation et de moyens pour l’entretien et la rénovation des lycées publics d’Ile de France.
Madame la présidente de la région Ile-de-France,
Alors ministre de l’enseignement supérieur, vous affirmiez en 2009 : « j’ai la même conviction que vous : la France se priverait d’un nombre incalculable de ses jeunes talents en ne s’engageant pas dans le combat pour l’égalité des chances. Ce serait une faute : une faute envers l’avenir de notre pays ; une faute envers nos idéaux républicains, qui affirment haut et fort une vérité fondamentale : dans notre pays, c’est le mérite qui compte et chacun est partout à sa place, pourvu qu’il ait mérité de l’occuper ».
Cette injonction faite à l’Éducation nationale, vous semblez l’avoir oubliée en 2021 si l’on considère la situation catastrophique que vivent aujourd’hui lycéens et professeurs du lycée RABELAIS.
Ce lycée du 18ème arrondissement de PARIS, accueillant plus de 500 élèves en seconde, première et terminale générales et technologiques, a dû, en mars 2020, être évacué d’urgence, menaçant de tomber en ruine sur les élèves et personnels après plusieurs années d’incurie et d’abandon. Alors que le pays se confine, la Région, plutôt que de chercher une solution pérenne, a décidé, à la rentrée 2020, d’affecter « provisoirement » les lycéens qui s’y trouvent dans les locaux d’autres lycées déjà occupés (BERGSON et JACQUARD).
Cette cohabitation forcée, a contraint les lycéens des deux lycées à vivre dans la promiscuité et à partager des équipements qui n’avaient pas été conçus pour accueillir un tel nombre d’élèves, et le corps professoral à devoir renoncer au projet pédagogique qui faisait jusqu’alors la force de RABELAIS. Cette situation conduira à créer rivalités et tensions jusqu’à une agression grave à l’arme blanche sur un lycéen de Rabelais à la sortie du lycée. Le drame qui s’est alors joué, avec la résonance médiatique qui s’en est suivie, conduira Région et Rectorat à réagir et à proposer une nouvelle solution « transitoire » au lycée RABELAIS.
Palliant à l’absence de solution par la Région, la Mairie de PARIS a mis à disposition à compter de février 2021 les locaux inoccupés d’une école élémentaire récemment rénovée. Après avoir déménagé une première fois, lycéens, professeurs et équipe de direction ont donc investi dans l’urgence les locaux de l’école Championnet, la Région s’engageant à construire d’ici à la rentrée 2021 des locaux « provisoires » sur le site du lycée de RABELAIS afin de permettre aux élèves de réintégrer le site de RABELAIS. Solution on ne peut plus insatisfaisante lorsque l’on sait que la Région proposait en réalité de construire des Algécos devant le lycée pendant que les travaux, appelés à durer plus de trois ans, s’y dérouleraient, sans considération du travail et des conditions de vie des lycéens et de leurs professeurs.
Anéantissant ce « projet », la semaine qui vient de passer a, à nouveau, fait table rase de ce futur « provisoire ». Un conseil d’administration extraordinaire du lycée RABELAIS a été l’occasion d’annonces toujours plus désespérantes : la Région vient en effet d’annoncer, à la surprise générale, que les travaux d’installation des Algécos ne seraient pas terminés en septembre 2021 et que les lycéens et leurs professeurs seront à nouveau et « provisoirement » réaffectés dans les locaux du lycée VILLON, dans le 14ème arrondissement (dans le sud de Paris, donc à l’opposé du lycée Rabelais), pour quelques mois, ignorant délibérément l’expérience dramatique de la précédente cohabitation forcée entre lycées et l’heure de trajet sur la terrible ligne 13 pour aller de Rabelais à Villon !!!
Cette gestion chaotique et à courte vue du lycée RABELAIS par la Région n’est pas acceptable et ne peut plus être acceptée.
Que dire et que proposer à ces lycéens, souvent issus de quartiers difficiles, ballotés de locaux en Algécos, d’une promiscuité à l’autre, volontairement mis dans l’impossibilité de s’investir dans leur scolarité dont chacun sait qu’elle nécessite un environnement éducatif stable, ouvert et apaisé ? Comment remobiliser ces jeunes, déjà lourdement touchés par les confinements successifs et les enseignements à distance, lorsque l’on est incapable de leur offrir des conditions d’enseignement et de vie décentes, les obligeant dès septembre prochain à parcourir Paris du nord au sud pour simplement avoir le droit de recevoir l’éducation à laquelle ils ont droit ?
Que dire et que proposer à ces enseignants, sommés d’assurer la continuité du service public alors même qu’on leur dénie tout moyen pour ce faire, contraints de renoncer à soutenir et accompagner les élèves les plus en difficultés pour les mener à la réussite à laquelle ils ont droit, ignorés de leur hiérarchie et subissant, sans prévention ni concertation, une non-gestion structurelle ?
Que dire et proposer à ces équipes de direction qui se sont succédées à un rythme effréné depuis 2020 puisque la rentrée 2021 verra arriver la 4ème équipe de direction en charge de gérer la pénurie et l’absence totale de perspective proposées par la Région et le Rectorat ? Comment comprendre que l’on continue d’affecter à RABELAIS en seconde et en première des élèves dont on sait pertinemment que le lycée n’est pas en capacité de les accueillir décemment et de leur offrir l’école de la réussite pourtant prônée par celle qui fut ministre et aujourd’hui présidente de Région, aujourd’hui en campagne pour sa réélection ?
D’ici à la fin probable des travaux de rénovation du lycée, c’est tout un cycle d’élèves entrés en 2020 à BERGSON qui finira sa terminale en 2023 probablement dans les Algécos que la Région et le Rectorat proposent à peu de frais, à défaut d’un véritable investissement dans un lycée d’excellence que ces quartiers pourtant méritent ! Une génération sacrifiée sur l’autel de l’indifférence et de l’incompétence.
Comment comprendre un tel désintérêt de la part des autorités régionales et rectorales ? Est-ce à dire que ce lycée, loin des beaux quartiers, accueillant des enfants des classes populaires, doit supporter sans rechigner cette incurie généralisée et accepter l’échec programmé des enfants qui n’ont aucun autre choix d’affectation ? Comment comprendre que d’autres lycées, comme celui d’Epinay sur Seine, subissent un sort identique sans que personne ne s’en émeuve ? Imagine-t-on qu’une telle situation ait pu se dérouler dans les locaux de lycées dits “d’excellence” ?
Cette discrimination sociale et éducative, ouvertement affichée et assumée par la Région doit cesser.
Nous demandons au directeur académique de ne pas affecter d’élèves en seconde à Rabelais cette année. Une solution pérenne doit être proposée au plus vite aux lycéens et aux professeurs de RABELAIS.
Ne rien faire serait, Mme PECRESSE et M. KERRERO, sans nul doute « une faute envers nos idéaux républicains ». Alors, agissez et vite, au nom de ce mérite républicain auquel nous sommes tous, réellement et sincèrement attachés.
Le conseil local FCPE Rabelais
La FCPE Paris
Paris le 19 mai 2021