Groupes de niveau : une mesure inéfficace et néfaste
Groupes de niveaux : une mesure à la fois inefficace et néfaste à l’égalité des chances pour tous les élèves !
Annoncés à grands coups de communication par Gabriel Attal, les groupes de niveau sont depuis dénoncés par l’ensemble de la communautés éducative. Suite aux annonces des Dotations Horaires Globales (DHG) dans les collèges parisiens, les parents élus FCPE et les représentants d’enseignants ont multiplié les actions, pétitions, motions, manifestations, s’opposant fermement tant à leur mise en place, qu’au détournement des moyens pourtant nécessaires aux établissements publiques.
La FCPE Paris revient sur ce que cache véritablement, cette fausse mesure qui n’améliorera en rien le classement PISA de la France.
Ce qui se cache derrières les groupes de niveau ?
Le enseignement des mathématiques et du français se serait organisé intégralement en groupes de niveaux pour les élèves de 6ème et 5ème, dès la rentrée 2024, en s’étendant aux 4èmes et 3èmes l’année suivante.
Les élèves seraient répartis en trois groupes sur plusieurs classes d’un même niveau, compliquant fortement l’organisation et la gestion des emplois du temps. Pour des questions de moyens, les élèves de plusieurs classes seront mélangés pour élaborer ces groupes.
Cette organisation va induire le positionnement dans les emplois du temps de tous les cours de mathématiques et de français sur des créneaux identiques. Par exemple, tous les élèves de 6ème d’un collège auront français le lundi, de 8h, à 9h et ceci pour les 4h30 de français et de mathématiques en 6ème et les 3h30 en classe de 5ème.
On comprend aisément que le fonctionnement des collèges et la gestion des emplois du temps va s’en trouver grandement complexifiés.
Si le nombre d’heures de cours des élèves reste inchangé, la mise en œuvre de groupe de niveau avec des effectifs réduits (on parle de 15 élèves maximums pour les groupes les plus en difficultés) va augmenter le besoin en nombre d’heure de cours par établissement.
Le plan de financement étant insuffisant, la réforme sera appliquée à moyens constants. Pour ce faire, l’heure de soutient et d’approfondissement proposée aux élèves sera supprimée, tout comme l’accompagnement personnalisé. Face à ces moyens insuffisants, les projets pédagogiques locaux risquent également de se réduire, voire de disparaitre. Il est également envisageable que certains établissements doivent renoncer à proposer l’enseignement de certaines deuxième langue vivante ou d’options.
L’évolution de la composition des groupes en cours d’année pose, elle aussi, problème. Les élèves progressant devraient pouvoir changer de groupe, ce qui implique des évaluation régulières, simultanées et identiques sur tous les groupes de niveaux. La pression que ces évaluations constantes feraient porter à nos enfants ne leur permettraient pas d’acquérir des compétences dans un climat serein.
Ce fonctionnement rappelle les Epreuves Communes de Contrôle Continu (E3C) mises en place en 2020, par le Ministre Jean Michel Blanquer pour l’obtention du baccalauréat avant d’être supprimées en 2022.
Enfin, le programme et les évaluations étant les mêmes dans tous les groupes, il semble improbable que les groupes les plus faibles puissent rattraper le niveau des autres tout en comblant la progression réalisée en parallèle, depuis la définition de ces groupes. Il est vraisemblable que les élèves ayant les plus grandes difficultés restent donc ainsi stigmatisés et coincés dans un groupe sans réelle possibilité d’évolution.
La motivation et la confiance de ces élèves s’en trouveront négativement affectées, tout comme leur foi en l’institution.
Les relations entre professeurs et parents voire enfants, risquent également d’être mises sous tension à l’annonce de ces groupes de niveaux. Quel accompagnement sera mis en œuvre pour cette communication ? Les futurs textes nous en diront peut-être davantage….
Autre conséquence, les professeurs de français et de mathématiques pourraient être professeurs principaux d’élève qu’ils n’ont pas en cours ! Quand on se penche sur la charge administrative et le rôle des professeurs principaux en conseils de classe, cela semble totalement irréaliste et aboutirait à ce qu’aucun professeur de français et de mathématiques ne puisse être professeur principal.
Pourquoi il faut les dénoncer ?
Ces groupes de niveaux posent également des questions idéologiques. Les élèves « les plus faibles » seront regroupés. Toutes les études démontrent que ces élèves sont le plus souvent issus de familles en difficulté (sociale, accident de la vie…) ou présentent des besoins particuliers (troubles dys, handicap…). L’apprentissage pour ces élèves, nécessite régulièrement, l’appui de professionnels en complément des professeurs : les Accompagnants des Elèves en Situation de Handicap (AESH). Or, de nombreux postes d’AESH restent aujourd’hui vacants faute de candidats.
Par ailleurs, cette uniformité du niveau des élèves est contraire à aux principes de mixité sociale et scolaire. C’est de ce mélange, reflet de notre société, que nos enfants tirent les meilleurs bénéfices. Dans une classe, les élèves ayant des facilités partagent leurs connaissances avec leurs camarades, l’entraide existe, un système de tutorat plus ou moins formel se met en place. En ségrégant ainsi les élèves c’est le système d’égalité des chances qui est remis en cause.
Notre fédération dénonce fermement la mise en place de ces groupes de niveau qui tirent non seulement vers le bas les élèves les plus en difficulté, mais n’améliorent pas les situations des élèves plus à l’aise académiquement. Ces groupes sont discriminatoires, créent une éducation à deux niveaux, empêchent l’apprentissage de la coopération pourtant fondamentale pour la construction d’une société que l’on souhaiterait plus sereine.
Les nombreuses complexités et conséquences négatives de la mise en place de ces groupes de niveaux en mathématiques et français font craindre qu’à terme et sous prétexte de simplification, ce soient des classes de niveau qui soient mises en œuvre.