Lutte contre l’échec scolaire en 2021 – plus de questions que de réponses ?
Le 22 septembre 2021, l’AFEV (Association de la Fondation Étudiante pour la Ville), une association proposant à des étudiants de faire du soutien scolaire auprès d’élèves scolarisés dans des établissements en Réseau d’Education Prioritaire (REP) organisait la 14e édition de la journée du refus de l’échec scolaire.
Tout d’abord, on comprend dès l’introduction que dans ce colloque, échec scolaire=scolarisation en REP, du fait du périmètre d’intervention de l’AFEV. Ainsi, les présentations et prises de paroles portent largement sur le devenir d’élèves issus de milieux sociaux défavorisés. Certes, la France est un des pays industriels où les inégalités sociales vis-à-vis des apprentissages sont les plus importantes, et la réussite des enfants des familles et des quartiers les plus défavorisés est tout à fait préoccupante.
Des évaluations trop fréquentes et précoces
Néanmoins, comme l’indique la psychologue Agnès Florin, le système scolaire français produit aussi de l’échec par la pression qu’il met sur les élèves, notamment au travers d’évaluations qui sont de plus en plus fréquentes et précoces. Or la réussite scolaire repose sur des compétences cognitives, mais aussi sur le bien-être émotionnel et psychologique des élèves. Comment y parvenir quand, d’après les chiffres d’une enquête réalisée par l’AFEV auprès d’élèves d’établissements REP, 30% des jeunes se plaignent de violence, harcèlement ou moqueries en ligne ou dans la vraie vie, 16% ne se sentent pas bien dans leur collège et un tiers disent avoir mal au ventre avant d’aller en cours, la première raison invoquée étant la fréquence des contrôles et évaluations ? Cette enquête note que les filles sont plus nombreuses à dire vivre ce malaise, qui s’accroit avec l’âge et apparait plus fréquent chez les 4ème et 3ème par rapport aux plus jeunes.
Quel projet et quels moyens pour l’école ?
Comme le souligne Yann Forestier, historien, l’échec scolaire est un problème qui est apparu assez récemment, dans les années 1980 et qui n’a jamais occupé une place importante dans les politiques éducatives françaises. D’ailleurs, la mise en place de l’éducation prioritaire, qui rompt avec l’égalité théorique de traitement qui régit le système scolaire français, a été réalisée par circulaire, c’est à dire sans débat de fond sur le projet politique pour l’école. Or, il est connu que l’école française est conçue pour former des élites, ce que ni la démocratisation de la scolarité ni la création du collège unique n’ont modifié – en réalité, de nombreux dispositifs existent tout au long de la scolarité pour exclure les élèves qui ne parviennent pas à suivre les enseignements proposés, afin de ne pas perturber ceux qui sont capables d’aller jusqu’au bout. Comme l’aborde l’historien, il est évident que l’école française du 21ème siècle manque toujours d’un projet politique. Dans certains pays – par exemple nordiques, l’école vise à former toute la population pour que la main d’oeuvre soit hautement compétente. Dans d’autres – par exemple asiatiques, elle vise à atteindre l’excellence pour le plus grand nombre. Quel est le projet de l’école française ? Et quels sont les moyens mis en place pour le mettre en œuvre ?
le Rôle des politique publiques dans la lutte contre l’échec scolaire
L’économiste Asma Benhenda souligne l’importance des politiques publiques dans la lutte contre l’échec scolaire, notamment celles qui conditionnent la formation des enseignants. Or justement, le système de formation et d’affectation des enseignants français fait que ce sont ceux qui sont les plus inexpérimentés qui se retrouvent le plus souvent devant des élèves en grande difficulté scolaire. L’économiste préconise notamment un système de mentorat pour les enseignants, pour rompre leur isolement et leur permettre d’apprendre et d’être accompagnés par des pairs. Néanmoins les moyens mis en place pour soutenir les élèves sont trop limités et l’économiste craint que le décrochage scolaire qu’ont connu certains élèves, notamment en REP, durant la crise sanitaire ait des conséquences dans quelques années. Une des questions posées est notamment la place de différents acteurs pour aider les élèves en difficulté scolaire. SI les associations ont un rôle important à jouer, l’économiste insiste sur la place de l’Etat et de l’Education Nationale, dont le projet politique renouvelé pourrait être de se donner les moyens pour faire réussir tous les élèves.
Quelles solutions ?
Des solutions sont recherchées comme par exemple l’obligation de formation prolongée jusqu’à 18 ans. L’efficacité de cette politique publique dépendra notamment de la mise en lien tous les acteurs : l’Etat, la direction du travail, l’éducation nationale, les centres sociaux, les universités, le monde économique.
Si la question de l’échec scolaire est maintenant largement discutée dans le débat public, et que nombre d’acteurs dont l’AFEV se sont positionnés pour aider à le réduire, les questions concernant le projet politique de l’école, et les moyens les plus efficaces pour assurer qu’aucun élève ne sorte de l’école sans une formation lui permettant de s’épanouir et obtenir un emploi, restent plus que jamais d’actualité.
Pour aller plus loin :
Documentaire “Cancre ?” : https://www.youtube.com/watch?v=HY6SXVBgU9g
“La lutte contre l’échec scolaire, une priorité toujours secondaire”, Yann Forestier : https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/09/28/la-lutte-contre-l-echec-scolaire-une-priorite-toujours-secondaire_6096300_3224.html