Nouveau bac, nouveau lycée : ce qui va changer, ce qui doit alerter
Le ministre de l’Education nationale a présenté mercredi 14 février sa réforme du baccalauréat et les épreuves telles qu’elles se dérouleront à partir de 2021. Cette réforme dessine de fait un nouveau lycée et témoigne d’une réelle « obsession de l’aval », dans une logique d’adaptation à l’enseignement supérieur. L’occasion pour la FCPE de rappeler ses exigences et surtout d’identifier les points de vigilance.
La FCPE avait posé comme principe incontournable de la réforme, une évolution conjointe des trois voies du lycée. Aujourd’hui, elle fait le constat que le gouvernement a choisi d’écarter de sa réforme les élèves de la voie professionnelle et de la voie technologique. Certaines mesures annoncées, comme la fin des filières ou l’enseignement des sciences pour tous les élèves, vont dans le sens des évolutions que prônaient la FCPE, mais elles ne sont réservées qu’à une partie des élèves. Pour la FCPE c’est donc une réforme en demi-teinte qui se dessine et qui comporte encore de nombreuses zones d’ombre en termes de modalités et de moyens de mise en œuvre.
En l’état, pour rendre le lycée plus égalitaire et permettre à chaque jeune de choisir son parcours en favorisant la réussite de tous, les changements présentés par le ministre de l’Education nationale nécessiteront un engagement fort, accompagné de vrais moyens, sur plusieurs points :
– Un accompagnement des élèves dans la construction de leur projet d’orientation : au lycée dans le choix des spécialités, puis pour le post-bac. Les heures prévues pour cela (1h30 par semaine) sont une avancée mais la FCPE sera très vigilante sur leur contenu et la formation des personnels impliqués dans leur mise en œuvre.
– Un tronc commun ambitieux qui prépare les élèves à la suite de leurs parcours, quelle que soit la filière de l’enseignement supérieur qu’ils choisiront. De même, les choix de spécialité ne devront pas être un outil de tri des élèves à l’entrée du supérieur.
Déjà, puisque les lycéens vont être sommés de choisir des « spécialités », on peut légitimement alerter sur le délicat pilotage délicat qu’il va falloir mettre en place afin de les guider dans ces choix.
– Une préparation conséquente au grand oral pour ne pas faire de cette épreuve un discriminant social mais un possible vecteur d’égalité des chances.
– Un contrôle continu qui ne soit ni une usine à gaz, ni l’occasion d’un affaiblissement de la valeur du bac national. Si le ministre a globalement rétropédalé devant l’idée d’un « bac d’établissement » (des sujets nationaux pour le contrôle continu avec des copies anonymisées qui seront corrigées par un autre professeur que celui de l’élève dans l’établissement, plus une harmonisation promet le ministère), une inquiétude demeure sur le temps qui devra être consacré aux évaluations de ce bac plus complexe. Les épreuves auront lieu en janvier et avril en première et en décembre en terminale. S’ajoutera l’oral, réduit à 20 minutes mais nécessitant quand même 170 000 heures multipliées par un nombre d’enseignants à déterminer pour le jury composé de trois personnes. Au final on évaluera beaucoup en première et terminale et à moins que Jean-Michel Blanquer n’envisage d’ajouter ces temps au service normal d’enseignement, cela pourrait perturber les cours…
– Une accessibilité de toutes les spécialités et options facultatives à tous les élèves, sur l’ensemble du territoire. Le vrai problème de la nouvelle organisation sera bel et bien dans l’offre d’établissement. Il semble difficile d’offrir toute la gamme dans chaque lycée, du coup comment penser et organiser l’accessibilité territoriale ? A Paris, on connaît déjà très bien les défis et problèmes des enseignements interétablissements ; pour le nouveau lycée, le simple bricolage académique ne saurait suffire. Mais à l’évidence, le ministère veut encourager chaque lycée à proposer des choix locaux. Ce qui veut dire aller encore plus vers une différenciation accentuée entre les établissements, et donc une hiérarchisation renforcée des lycées dont on ne connaît que trop bien les effets délétères dans l’Académie de Paris.
– La formation des enseignants et autre personnels, notamment pour mettre en place l’interdisciplinarité et pour préparer les élèves au grand oral. Le nombre d’adultes présents auprès des élèves doit aussi augmenter. Si le ministre nie faire cette réforme pour des raisons économiques, il semble que la nouvelle organisation du lycée puisse permettre de gagner des postes. Pour la FCPE, les économies d’échelle et réductions des dépenses publiques ne doivent pas se faire sur le budget de l’éducation ni sur le nouveau lycée, surtout s’il s’agit de lui donner une chance.
La FCPE s’inquiète des mesures annoncées pour la classe de seconde. Un test numérique de positionnement sera imposé à tous les élèves en début d’année pour pouvoir situer le niveau de chacun en maths et en français. Instaurer un tel nouveau test, alors que les élèves viendront déjà d’être évalués par l’intermédiaire du socle commun et du brevet est, non seulement redondant mais aussi source de stress, sans apporter de réelle plus-value. C’est la continuité collège-lycée qu’il faut développer. Il en va de même pour le travail en équipe des enseignants à l’arrivée au lycée, pour qu’ils aient une vision plus globale de l’élève et non matière par matière.
L’accompagnement personnalisé en seconde ne peut pas non plus se limiter à du soutien en français, celui-ci doit pouvoir être décliné dans tous les enseignements dès lors qu’un besoin se fait sentir. Il doit aussi servir à l’acquisition de méthodes et d’autonomie pour travailler et réussir au lycée. Sinon, là aussi, ce sont les déterminants sociaux et familiaux qui feront de certains lycéens de bons « auto-entrepreneurs » de leur carrière scolaire en laissant les autres dans l’ignorance des possibilités qui s’ouvrent à eux ou qu’ils portent en eux.
Autre défi de taille : les programmes. Le conseil supérieur des programmes va disposer d’une année pour écrire les nouveaux programmes. Et sur cette question-là aussi les débats risquent de s’avérer nombreux, pour ne pas dire houleux.
Enfin, pour faire taire le début de polémique, et surtout les railleries, concernant le fait de rebaptiser la classe de terminale « classe de maturité », le ministre Blanquer a confirmé mercredi sa volonté de lui trouver un nouveau nom mais annoncé une phase de consultation (d’un mois) pour trouver un consensus sur la nouvelle appellation. Le ministère va-t-il lancer un sondage en ligne ? La question sera-t-elle fermée ou ouverte ? Reste, plus sérieusement, que les mots ont un sens et aussi une résonance. Le procès en immaturité fait aux élèves est une constante de notre système éducatif, parfois même source d’humiliations scolaires. Mais d’ailleurs, cette injonction de maturité sous forme de relabellisation est-elle bien nécessaire ?
La FCPE porte un projet ambitieux pour le bac-3/bac+3, elle reste mobilisée pour construire le lycée de demain : unique, réellement polyvalent, qui permette aux jeunes de construire leur projet et qui s’adapte aux besoins de chacun, notamment dans ses pratiques pédagogiques. L’enjeu est de taille : non seulement donner un bagage solide à chacun pour la suite de son parcours, que ce soit la poursuite d’études ou bien l’insertion professionnelle mais aussi pour se construire comme citoyen, éclairé et émancipé.
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La prochaine commission thématique LYCÉE de la FCPE Paris se tiendra le 7 mars 2018 de 19h30 à 21h30 (réservée aux adhérent.e.s de la FCPE).