Cyberharcèlement
Quand un enfant reçoit sur Internet ou sur son téléphone portable, des messages répétés et malveillants, on parle de cyberharcèlement.
Ces messages peuvent contenir des menaces, des insultes ou du chantage et peuvent provoquer des violences dans la vie réelle.
Les chiffres
- C’est un phénomène en nette augmentation qui touche tous les âges.
- 3 collégiens sur 10 victimes de cyberviolence au collège
- 15% des enfants de primaire confrontés au moins une fois au cyberharcèlement.
- 85% des élèves de 11-18 ans déclarent avoir été victime d’au moins une forme de cyberviolence, 43% ont subi au moins une cyberviolence sexuelle
- Les filles subissent les cyberviolences beaucoup plus que les garçons : être une fille augmente de 65% le risque de subir des cyberviolences psychologiques à haute intensité, et de 57% les cyberviolences sexuelles.
- 41% des enfants cyberharcelés le sont sur WhatsApp dont 25% sur les groupes de classe.
- L’inscription sur les réseaux sociaux n’est pas censée être autorisée au moins de 13 ans, or 65% des élèves de primaire vont sur les réseaux , 90% au collège, 99% au lycée.
En 2024, 46% des enfants ont un smartphone avant 10 ans.
Sources : Cyberviolences dans les établissements scolaires et la société -INSEE- 14/10/25; E-enfance – Institut Audirep- 2025-2023 ; centre Hubertine Auclert- 2025 ; Arcep
Les formes de cyberharcèlement
Il existe plusieurs formes de cyberharcèlement qui peuvent se combiner :
Cyberharcèlement verbal : menaces, moqueries, insultes
- Insultes publiques — messages agressifs répétés sur réseaux sociaux ou commentaires.
- Menaces de violence physique – Si la victime ne fait pas ce qu’on lui demande (une rencontre, de l’argent ou des informations personnelles), elle peut subir des violences.
- Cyberintimidation — moqueries, rumeurs, révélations, inondation de MP / SMS
- Faux profils — comptes créés pour ridiculiser et diffamer : faux témoignages, et faux posts.
Cyberharcèlement psychologique : exclusion, humiliation, dénigrement
- Exclusion sociale numérique — mise à l’écart de groupes, non-invitation organisée.
- Usurpation de compte — prise de contrôle d’un profil pour poster à la place de la victime.
- Deepfakes / vidéos truquées — contenus audio/vidéo/photo falsifiés pour nuire.
- Gaslighting numérique — manipulations pour faire douter la victime (effacement de traces).
- Surveillance et traçage — géolocalisation, suivi sans consentement.
- Fuites de données privées — divulgation de conversations, mails, adresses, tel, info médicales …
Cyberharcèlement sexuel et cybersexisme :
- Revenge porn / diffusion d’images intimes — partage non consenti d’images sexuelles.
- Sextorsion — chantage sexuel (menace de divulguer photos sauf paiement/obéissance).
- Commentaires à connotation sexuelle— sexisme et harcèlement sexuel en ligne.
- Création de faux profils — pour séduire et piéger
Qui est harcelé ?
- Les enfants et ados ont plus de risques d’être harcelés parce qu’ils peuvent être naïfs et échappent à l’attention de leurs parents dans la « rue numérique ». En effet, l’espace numérique est comme une rue dans laquelle des dangers peuvent subvenir comme dans la réalité. Ils sont donc des « proies » plus faciles à influencer.
- Les filles sont davantage victimes que les garçons des insultes et des rumeurs sur les réseaux sociaux, par exemple avec la diffusion de photographies intimes sans leur accord.
- Il n’existe pas de profil prédéterminé : tout individu est susceptible d’être visé.
- Si certains traits de personnalité peuvent accroître la vulnérabilité, en aucun cas la victime ne peut être tenue responsable de sa situation.
- Le harcèlement se fonde sur le rejet de la différence et le harceleur prend pour cible celui pour qui sa supposée différence est vécue comme une vulnérabilité.
Qui harcèle ?
- N’importe qui peut devenir harceleur (un enfant comme un adulte).
- Quelqu’un qui cherche à acquérir une position dominante (être populaire, leader d’une bande, respecté, diriger par la peur) au sein du groupe par des méthodes agressives, en faisant « rire » son entourage au détriment de la victime.
- Quelqu’un qui agit par jalousie ou vengeance : punir quelqu’un pour un tort réel ou supposé qui fragilise sa position dominante dans le groupe
Les rôles peuvent être interchangeables : un enfant harceleur peut à plus ou moins long terme devenir une victime de harcèlement.
Un enfant harceleur est souvent un enfant en souffrance qui projette son malaise en pensant que cela va régler son problème. (Nicole Catheline, pédopsychiatre)
60% des enfants harceleurs sont des anciens harcelés (IFOP)
MAIS en AUCUN cas cela ne doit minimiser la souffrance de la victime et la responsabilité de l’agresseur
Définition légale
Le cyberharcèlement est une forme de harcèlement moral ou sexuel défini par l’article 222-33-2-2 et Art 222-33 du Code pénal. Il désigne « le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale […] lorsqu’ils ont été commis par l’utilisation d’un service de communication au public en ligne ou par le biais d’un support numérique ou électronique ».
L’infraction est constituée qu’elle soit le fait d’une seule ou d’un groupe de personnes, et, dans ce dernier cas, même si chacune de ces personnes n’a pas agi de façon répétée.
Le cyberharcèlement est un délit
Avec circonstances aggravantes si la victime a moins de 15 ans.
Les sanctions pénales
Les peines encourues dépendent du type d’infraction et de l’âge de l’auteur des faits. (Code de la justice pénale des mineurs : art L11-1, art L121-5, Code Pénal : art. 222-33-2-3, art.222-33-2-2, Art. 222-33)
- Pour un mineur de moins de 13 ans, il y a une présomption de non-discernement : le mineur ne peut pas être tenu pour responsable. Le procureur peut établir que le mineur de 10 ans est capable de discernement et décider de de mesures éducatives.
- Pour un mineur de plus de 13 ans, la peine encourue est la moitié de la peine encourue par un majeur et l’amende ne peut excéder 7500€.
- Pour un majeur, la peine va de 3 à 10 ans de prison et de 45 000 € à 150 000€ d’amende suivant la qualification des faits et les conséquences sur la victime ( ITT (Incapacité Totale de Travail) de – ou + de 8 jours, ou s’il y a tentative ou suicide de la victime).
A noter qu’il y a d’autres types de cyberviolences
- L’atteinte au droit à l’image
Le fait, au moyen d’un procédé́ quelconque, volontairement de porter atteinte à l’intimité́ de la vie privée d’autrui est puni d’1 an de prison et de 45 000 € d’amende. Et de 2 ans et 60 000€ lorsque c’est à caractère sexuel. (Art 226-1,226-2,226-2-1)
- La diffusion de contenu à caractère pornographique d’un mineur
Délit passible de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. (art. 227-23)
- L’usurpation d’identité
Le fait d’usurper l’identité d’un tiers ou de faire usage de donnée.s de toute nature permettant de l’identifier en vue de troubler sa tranquillité́ ou celle d’autrui, ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération, est puni d’1 an de prison et de 15 000 € d’amende. (art. 226-4-1)
Les conséquences du cyberharcèlement
SUR LES VICTIMES
- baisse des résultats scolaires : difficultés à mémoriser et à se concentrer
- difficultés relationnelles, isolement, absentéisme
- perte d’estime de soi
- douleurs physiques (maux de ventre, vomissements,…)
- troubles du sommeil et alimentaires
- augmentation de l’anxiété et risque de dépression ( l’enfant va imaginer qu’il est responsable et coupable des mauvais traitements qu’il subit)
- comportement suicidaire, scarifications
- comportements violents
SUR LES AUTEURS MINEURS (EN PLUS DE SACNTION PENALE EVENTUELLE)
- difficultés scolaires entraînant échecs et absentéisme (refus du cadre et des limites)
- absence d’empathie induite par l’impression d’une position dominante
- addictions ou mises en danger que peuvent créer l’alternance de périodes de sentiment detoute puissance et d’abattement
- troubles de la socialisation, marginalisation, conduites délinquantes
SUR LES TÉMOINS
- anxiété, syndrome de stress post-traumatique, dépression.
- culpabilité ou de perte d’estime de soi lié au fait de n’avoir pas agi.
ACCOMPAGNER NUMERIQUEMENT SON ENFANT
L’enjeu n’est pas d’interdire le téléphone mais d’accompagner l’enfant dans son apprentissage des outils de communication numérique. Les parents aident beaucoup en montrant l’exemple par une pratique contrôlée, même si bien sûr, ce n’est pas évident.
- Adapter l’équipement et la pratique numérique à l’âge de l’enfant : avant 10 ans, le téléphone est fortement déconseillé.
- Accompagnement parental constant conseillé jusqu’à 15 ans

- Établir ensemble des règles d’usage : horaires, temps limite, site, etc…
- Temps d’écran limité et adapté à chaque âge
- Eviter le téléphone pendant les repas et dans la chambre la nuit.
- Installer le contrôle parental sur les appareils de votre enfant.
- Protéger sa vie privée en l’aidant à paramétrer ses comptes en « privé
- Lui expliquer la liberté d’expression et ses limites et les dangers de l’effet de groupe sur les réseaux sociaux
- Lui apprendre que les propos en ligne ont les mêmes conséquences que dans la réalité : ils peuvent blesser et être punis par la loi
- L’écouter quand il vous parle de ce qu’il voit sur internet et les réseaux
- Dialogue permanent sur les risques (cyberharcèlement, dépendance) et les bienfaits
- Protéger ce que vous publiez sur vos enfants : 50% des contenus des prédocriminels sont issus du Sharenting (publication par les parents de photos de leurs enfants)
Comment agir face au cyberharcèlement ?
1- S’informer
- Savoir identifier les formes et les conséquences du cyberharcèlement
- Reconnaitre les signaux qui doivent alerter
- Savoir comment accompagner numériquement son enfant
2- Prévenir
- Accompagner numériquement son enfant
- Montrer l’exemple
3- Alerter
- Savoir comment et à qui signaler qu’on soit parent de victime, parent élu ou témoin.
- Recueillir des preuves pour faire immédiatement supprimer les données incriminées.
- NE JAMAIS REGLER SEUL LA SITUATION = > SIGNALER AU 3018
4- Protéger
- Écouter son enfant
- Connaitre le fonctionnement du dispositif pHARe de l’éducation nationale,
- Connaitre les structures de soin, les associations ressources
- Porter plainte